[The Washington Post - E. J. Dionne Jr - 17/03/2008 - Traduction : Grégoire Seither]
Je ne veux plus jamais entrendre mes amis conservateurs me dire combien les capitalistes sont des gens courageux et extraordinaires, combien les capitaines d’industrie méritent leur salaires à sept chiffres et combien il est important de débarasser l’économie privée de l’influence nocive de l’Etat .

Aujourd’hui les titans de Wall Street sont alignés sur le trottoir, à faire la manche, dépendants pour leur survie de la charité du contribuable.

Confrontés aux conséquences de leur incompétence et de leur gloutonnerie irrefléchie, ils pleurent pour qu’on vienne les sauver.

Ils frissonnent à l’idée de devoir affronter la bise glaciale et inhumaine de la jungle dérégulatoire dont ils vantaient encore les mérites il y a peu.

Il y a encore quelques semaines, l’Etat était un repoussoir pour ces grands noms de l’ultralibéralisme… aujourd’hui ils viennent s’y réfugier.

Car, voyez vous, nos grands prédateurs de la finance ont découvert qu’ils ne pouvaient plus se faire “confiance” – car aucun de ces grands stratèges ne sait plus ce qu’il a dans son portefeuille, tout le monde se doute bien que la majorité de ses actions et obligations est pourrie, mais de combien ? et jusqu’où ? Et à quelle planche de salut se raccrocher, quand on ne sait pas laquelle est pourrie et qu’on se doute bien que plus aucune planche n’est en mesure de supporter votre poids ?

En 1996, quand William Cohen était le Sénateur Républicain du Maine, il me dit un jour : “Cela fait tellement longtemps que les idéologues néolibéraux nous répètent que l’Etat est l’ennemi, que nous avons fini par accepter ce presupposé comme une vérité immuable.  Mais la vérité est que l’Etat est  votre ennemi tant que vous n’avez pas besoin d’un ami pour vous sortir du fossé.”

Et donc la grande opération de désembourbement commence… avec NOTRE argent.

Ce serait bien si Wall Street rabattait un peu de sa morgue et avait un minimum de reconnaissance… par exemple en incitant les riches à amputer un peu leurs profits pour payer une partie de la note. Ou au moins en reconnaissant que, pendant qu’ils spéculaient sans penser au lendemain, des millions d’Américains perdaient leur emploi et le couverture maladie.

Ca serait vraiment bien si l’aristocratie du 21è siécle pouvait se pencher un peu à la fenêtre de sa tour d’ivoire.  Ca serait bien… mais bon, je ne vais pas retenir me respiration en attendant que cela se produise.

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/03/17/AR2008031702154.html