Les ouailles de du Pasteur Jéremiah Wright défendent leur mentor. Les critiques qui s’abattent sur lui sont vues comme une tentative de l’establishment de réduire au silence la voix de l’Eglise Noire

[Gregor Seither et Tim Carr - IES News Service/NAACP - 18/03/2008 ]

A Chicago, la ville la plus racialement ségrégée des Etats-Unis, pendant 36 ans, le pasteur Jeremiah Wright a appris aux membres de sa paroisse comment reconnaître l’injustice et comment se dresser contre elle. Aujourd’hui, chacun de ses paroissiens a l’impression de la voir à l’oeuvre tout autour de leur église.

Dimanche dernier, plus de 3 000 d’entre eux se sont massés dans les travées de la Trinity United Church of Christ, au coeur du quartier noir de South Side, afin de prier et danser pour leur pasteur.

Abassourdie par les violentes attaques qui se déchainent contre Jeremia Wright, la paroisse ressere les rangs. Un tract circule de main, décrivant le traitement infamant de leur pasteur noir comme “une nouvelle forme de lynchage d’un homme noir par le pouvoir blanc”. Quand le fils spirituel de Wright , le pasteur Otis Moss III s’approche du pupitre, un tonnerre d’applaudissements le salue.

Pour ses supporters, le message que le pasteur Wright a tissé à travers plus de 4 000 sermons au cours de ces trente dernières années, est aujourd’hui dénaturé à travers une poignée de petits clips vidéos de deux minutes, flous et sous exposés, qui donnent une vision partielle et partiale de l’homme et de son message.

Oh, certainement, ils sont d’accord pour reconnaître que - lorsqu’il se tenait debout derrière son pupitre, le pasteur était parfois secoué par une colère vertueuse, une rage folle face au racisme et à l’injustice quotidienne qui accable chaque jour son quartier et sa communauté. Et tout comme le prophète dont il porte le nom, les mots du pasteur pouvaient alors devenir des pierres tranchantes.

Mais Jeremiah Wright est en premier lieu un chrétien radical, pour qui le message de jésus est avant toute chose un appel à la libération de l’injustice. Wright a toujours été un homme révolté, un leader communautaire qui mobilisait les locataires contre les marchands de sommeil, qui rassemblait les habitants des taudis pour obtenir que la ville entretienne les batiments et vienne ramasser les ordures, qui incitait les femmes, les minorités et les exclus à s’approprier le message chrétien, à  “rendre vivante et contemporaine la parole du Christ”. Dans son église, tout le monde peut monter à la tribune, prendre le micro et précher.

La porte de son église a toujours été grande ouverte, il mariait déjà des coupes homosexuels quand ce n’était pas encore à la mode… et il faisait la tournée des campus et paroisses dans les quartiers blancs pour les inviter à venir participer aux assemblées dominicales. Alphabétisation, femmes battues, SIDA, centre médical communautaire, luttes sociales, antiracisme… rien de tout cela n’est étranger à Jeremiah Wright.

C’est ici que Barrack Obama a fait ses classes “sociales”, c’est dans ces quartiers du “South Side Chicago”, dévastés par la misère, la drogue et les gangs, que le jeune avocat de bonne famille, diplomé de Harvard a touché du doigt la crasse et la violence quotidienne .

Comme le dit la soeur du candidat à la présidence U.S. : “Si Barrack a une conscience sociale, c’est parce que le pasteur Wright a labouré son coeur et y a semé des graines de feu

Le message de Wright, tout au long de ces 40 ans de ministère, a toujours été de “laisser la joie vous submerger” et de crier, chanter et danser dans les allées tandis qu’il préchait la bonne parole.

Aujourd’hui, le “scandale” soulevé par les commentateurs politiques de Washington autour de quelques déclarations incendiaires du pasteur, ont forcé ce dernier à prendre sa retraite. Touché au vif par les accusations de “racisme anti-blanc”, Wright a quitté son pupitre à 66 ans, ne supportant plus d’entendre les accusations infamantes que l’establishment est trop content de déverser à tort et à travers sur le “mentor” d’Obama. Car à travers Wright, c’est bien évidemment Obama qu’on vise… comme le montrent les cris de vierges effarouchées que poussent les Démocrates de l’équipe Clinton.

Pour les amis de Wright, les accusations de racisme anti-blanc ne tiennent pas la route. Si Wright faisait de la discrimination envers les blancs, pourquoi organisait-il plusieurs fois par an des voyages en car afin d’emmener ses paroissiens à la rencontre d’autres paroisses, dans les quartiers et banlieues blanches de Chicago ? Pourquoi invitait il chaque dimanche des groupes issus de paroisses blanches à venir prier et chanter à la Trinity Chruch ? S’il était raciste anti-blanc, pourquoi aurait il toujours affirmé son appartenance à l’église United Church of Christ, la congrégation ayant le moins de paroisses noires dans toute la mouvance évangélique aux Etats-unis ?

Pour le pasteur Moss, “dans cette affaire, il y a deux sons de cloche différents, deux histoires qui s’entrechoquent tout en s’ignorant. Ainsi, pour les membres de l’église Noire, toutes ces accusations sont idiotes car elles ne tiennent pas compte de la personnalité de Wright et de toute son histoire, de tous ses combats. Par contre pour l’opinion publique plus large, qui ne connait pas Wright, qui ne voit que ce qu’on lui montrer ces derniers jours, l’analyse est différente et ils ne comprennent pas ce qui se passe. “

D’une certaine manière cette affaire est révélatrice du fait que nos deux communautés continuent à voir le monde de manière très différente. Il y a un abime entre nos deux perceptions de la réalité quotidienne… il faudra du temps à l’Histoire pour réparer cette fracture et faire oublier nos antagonismes”