[ContreInfo - 14 mars 2008]
Les pertes du système financier sont maintenant estimées entre 2000 et 3000 milliards de dollars, ce qui place virtuellement les banques dans une situation de faillite généralisée. En tentant de se protéger en différant la reconnaissance de leurs pertes, elles accroissent le risque d’un effondrement systémique. Tous les économistes s’accordent à penser qu’une recapitalisation d’urgence est nécessaire. Mais cette mesure nécessiterait une nationalisation massive du système bancaire, impensable au pays de la libre entreprise, et ceci d’autant plus en année électorale. Faute de pouvoir – pour l’instant – briser ce tabou, la Fed en est réduite aux expédients et se transforme en mont de piété pour créances douteuses.

(…)

Voila la seringue ou sont piégées les autorités américaines. Les banques, qui réagissent en essayant de se protéger individuellement, aggravent la situation. Leurs réflexes de survie mettent en danger le système dans son entier. Mais sauf à prendre le contrôle de l’ensemble de la place financière, il n’existe aucun moyen de traiter en profondeur les causes et d’y apporter des remèdes.

Faute de pouvoir briser le tabou, la Fed en est réduite à se transformer en mont de piété. Elle prend en dépôt des créances douteuses en échange de bons du Trésor.

En choisissant de fournir aux banques pour 200 milliards en échange des titres invendables, Bernanke tangente cette frontière qu’il devra bientôt traverser contraint et forcé.

Car ces 200 milliards représentent bien peu en regard d’un marché totalisant 11 000 milliards de titres, et ne suffiront sûrement pas à « reflater » les actifs pris dans le tourbillon de la spirale baissière <http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1802> .

La prochaine étape logique pourrait bien être le rachat pur et simple des créances douteuses, avant dernière tentative pour sauver les banques et l’ensemble de l’économie avant « l’option nucléaire, » la nationalisation.

Documents :
Martin Wolf : Why Washington’s rescue cannot end the crisis story, suivi des commentaire de Roubini, Goodson, Janér, et des réponses de Wolf

Martin Wolf : Going, going, gone : a rising auction of scary scenarios

Lire aussi : Nicolas Barré, Le Figaro Penser l’impensable

http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1822