CONFÉRENCE DU 20.02.1991 – LOUDEN NELSON COMMUNITY CENTER SANTA CRUZ, CALIFORNIA – USA
[John Stockwell - 20.02.1991 - traduction Grégoire Seither]
(John Stockwell a travaillé pendant 13 ans pour la CIA et est un vétéran du U.S. Marine Corps. Recruté par la CIA en 1964, il a travaillé six ans en Afrique avant d’être transféré au Vietnam. En 1973 il a reçu la deuxième plus haute médaille de la CIA (Medal of Merit). En 1975, Stockwell fut promu Chef de Station de la CIA et coordinateur du National Security Council, chargé de l’organisation des actions clandestines menées en Angola, plongé dans une guerre civile sanglante. Deux ans après il démissionne afin de dénoncer les agissements de la CIA dans les pays du Tiers Monde. Depuis ce jour il milite sans relâche pour que les activités criminelles de la CIA soient démasquées et portées devant la justice. Son livre “In Search of Enemies” expose les actions clandestines de la CIA en Angola. Stockwell est membre fondateur de Peaceways et de ARDIS (Association for Responsible Dissent), une organisation regroupant d’anciens agents de la CIA et du Gouvernement des Etats-unis qui critique les activités de la CIA. Son dernier livre est intitulé “The Praetorian Guard: The U.S. Role in the New World Order“.)
Dans ce pays, on commence à conditionner les enfants à la guerre à partir de l’âge de deux ans, c’est à dire quand nous commençons à mettre nos enfants devant la télévision pour qu’ils nous fouttent la paix pendant que nous faisons autre chose: laver la vaisselle, faire le ménage, remplir des papiers…
Mais pour qu’ils nous foutent la paix, nous devons leur apprendre à s’intéresser à la télévision. Car en fait, les tests le montrent, les petits enfants sont, au départ, peu intéressés par la télévision. Pour que la télévision puisse faire office de baby-sitter, nous devons les conditionner. Nous devons leur apprendre à regarder la télévision… et très vite ils apprennent à le faire.
Au bout d’un moment donc, vos enfants vont regarder 10, 15 ou 20 programmes par jour, mais en fait il s’agit toujours du même programme, toujours la même intrigue, avec simplement les personnages et les circonstances qui changent.
Moi j’appelle cela le “Syndrome Américain.” …..
Mon fils à 12 ans, il a lu mes livres, il écoute mes conférences. Et c’est lui qui m’a ouvert les yeux un jour, alors qu’il regardait la télévision. Il m’a dit “viens voir ça papa”… Nous avons donc regardé pendant des journées entières des dessins animés et films pour enfants: HE-MAN, SHEENA, THE THUNDERCATS, SCOOBY-DOO, ou bien LES TORTUES NINJA, les TOTALLY SPIES, les POWER RANGERS — je m’y perds un peu.
Mais l’intrigue est toujours la même: des gens normaux et gentils, qui nous ressemblent — attractifs, généralement à la peau blanche ou au moins à la peau claire, sont soudain menacés par des vilains maléfiques, laids, sombres et mauvais, tel que Skeletor.
Et les gentils disent toujours: “Pourquoi nous voulez vous du mal ? Soyez gentils, laissez nous tranquilles. Nous ne vous avons rien fait.” Mais les vilains insistent toujours, s’approchent en ricanant…
Et à la dernière minute, les gentils se résignent, mobilisent leur pouvoir et affrontent le méchant qui s’enfuit, vaincu, en grinçant des dents.
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Et ensuite une nouvelle version de la même histoire apparaît, simplement avec des personnages différents.
C’est cela que j’appelle le “Syndrome Américain” : des gens simples, gentils, paisibles, qui ne veulent pas faire la guerre, qui détestent la guerre, qui n’aiment pas la violence… sauf – et ceci nous est inculqué depuis l’âge de deux ans – quand on ne peut pas faire autrement, quand la menace devient trop grande, quand les méchants poussent le bouchon trop loin… Alors, la mort dans l’âme, nous nous résignons à écraser l’infâme.
Mais ce n’est jamais de notre faute, nous sommes profondément gentils et innocents. Depuis l’âge de deux ans nous inculquons a nos gamins que nous, les Américains, sommes un peuple bon, qui chérit la paix, nous sommes les braves gars de la planète, ceux qui n’aiment pas aller à la guerre mais qui, quand les forces du mal nous menacent ou viennent nous chercher, se mobilisent pour se défendre et faire triompher le bien.
Plus tard nous sommes confrontés à tout ces types de films qui sont apparus pendant les années 80, quand Reagan voulait nous laver de la souillure des mouvements peacenick contre la guerre du Vietnam: RAMBO, COMMANDO, RED DAWN, ROCKY, UNDER SIEGE, DELTA FORCE, AMERIKA, MISSING IN ACTION, TOP GUN, HEARTBREAK RIDGE, DEATH BEFORE DISHONOR, PLATOON, HAMBURGER HILL, TOUR OF DUTY, CHINA BEACH, etc. etc. La liste est longue et il en sort de nouveaux toutes les semaines.
Analysons-en un, au hasard : qui parmi vous à vu le film AUBE ROUGE ? Est ce que vous saviez que ce film n’a jamais caché le fait qu’il était un pur produit de propagande de la NSA ? Vous saviez cela ? Non ? Quand vous êtes allé voir ce film, est ce que vous saviez que ce film avait été réalisé dans l’intention d’en faire un film de propagande guerrière ? La majorité des millions de spectateurs de ce film ne le savent pas. Ils sont allé voir un film équivalent des productions de la propagande nazie, mais il ne le savent pas…
Et pourtant le réalisateur a fait la tournée des plateaux de télévision et n’a pas caché le fait que l’argent du film venait en partie de la NSA.
“Le but du film” nous a expliqué ce réalisateur en toute franchise: “était clair dès le début du scénario. Il s’agissait de retourner l’opinion du public vis à vis de la guerre, de la montrer sous un jour héroïque et patriotique, de vendre l’idée qu’on pouvait gagner contre les Russes et les méchants si on se mobilisait tous, si on se rangeait tous derrière notre chef et notre drapeau”.
En URSS ils faisaient les mêmes films, mais là bas, comme c’était de la propagande d’Etat, personne ne s’y laissait prendre. Ici par contre, des milliers des jeunes sont allés s’inscrire à l’armée après avoir vu AUBE ROUGE.
http://www.serendipity.li/cia/stock2.html
3 mars 2008 at 12:06
Petits détails :
-totally spies est franco-américain, pas totalement américain. Il contredit le “généralement à la peau blanche ou au moins à la peau claire”, puisqu’une des héroïnes a la peau mate et les cheveux noirs. j’imagine qu’Alex explique la présence du “généralement” et non d’un “toujours”.
-power rangers : pour la petite histoire, au départ il s’agit d’un “sentai” japonais, dont les épisodes ont ensuite été retournés… avec des acteurs occidentaux, afin de plaire au public américain. Il faut croire que les enfants ne sont pas censés aimer les japonais.
-si les rambos 2 et suivants sont effectivement assez douteux, le premier opus , qui met en scène un ancien beret vert devenu “inutile” depuis son retour du vietnam, est à différencier. On peut certes y voir une glorification des troupes US ( revanche d’un soldat mal considéré), mais on peut aussi lire dans le scénario une dénonciation forte de la guerre et de ses absurdités. C’est à mon avis cet aspect qui domine. Par contre il est clair que les suites sont clairement tournées dans un esprit opposé ce qui se traduit par ailleurs par une explosion du nombre de morts (alors que dans rambo 1, rambo ne tue personne, cf : http://www.mynameisrambo.com/rambo-news.php?id_news=46 )
-enfin, considérer platoon comme un film de propagande me semble assez peu crédible. Surtout lorsqu’on voit qu’Oliver stone a aussi tourné Né un 4 Juillet ou JFK.
Stone n’a pas forcément voulu laver une souillure, mais peut-être plutôt représenter la guerre telle que lui-même l’a vécue.
Par ailleurs, Stone est selon plusieurs sources proches un amateur de champignons hallucinogènes.
Il me semble difficile d’en faire un “anti peacenick” pur et dur.
3 mars 2008 at 6:49
[...] faite par l’ancien agent de la CIA John Stockwell, en 1991, lors d’une conférence sur “Le Syndrôme américain” [...]
5 mars 2008 at 1:45
J.F.Sebastian > a moins qu’il s’agisse d’un autre syndrôme, celui du “copain noir du héros blanc” ! Y’a un tas des séries U.S. et de films où l’on retrouve cela (de manière “flagrante”), et j’ai même eu écho de certaines histoires où, par exemple, des américains voulaient adapter en série animée une BD franco-belge à succès; mais seulement si les auteurs acceptaient que le meilleur ami du héros devienne noir !
20 juillet 2009 at 2:21
Chacun travaille pour ses propres intérêts ça a toujours été comme ça et ça sera probablement toujours comme ça. Pleurer là dessus me semble hypocrite. En effet, beaucoup de films sont des films de propagandes déguisées mais si on supprime cette propagande là ça sera pour une autre propagande… Qui sera peut être plus “belle”, mais elle ne servirait probablement pas nos intérêts.
Ps: Si son gamin de 12 ans lis ses livres et suit ses conférences en les comprenant, soit il est surdoué soit les livres qu’il lit sont d’un niveau douteux.
20 juillet 2009 at 2:24
En URSS ils faisaient les mêmes films, mais là bas, comme c’était de la propagande d’Etat, personne ne s’y laissait prendre. Ici par contre, des milliers des jeunes sont allés s’inscrire à l’armée après avoir vu AUBE ROUGE.
Vraiment la comparaison avec l’urss est d’une connerie…