[Grégoire Seither - IES News Service - 29/02/2008]
Le dirigeant de l’association anti-raciste Jesse Jackson a attiré l’attention sur ce qui semble avoir été une volonté délibérée des courtiers en crédits de pousser les clients Noirs et Latinos vers des prêts immobiliers dits “à risque” (subprime), c’est à dire consentis à des ménages à la solvabilité fragile mais en échange de taux d’intérêt très élevés.
Quand un client Noir ou Latino se présentait pour un crédit immobilier, on lui vendait du “subprime”, indépendamment de sa solvabilité. Alors qu’il aurait pu bénéficier d’un crédit aux taux normaux et aux traites modérées, il se retrouvait à payer un malus élevé, simplement à cause de la couleur de sa peau.
Aujourd’hui ces emprunteurs sont doublement floués : ils ont payé des traites élevées, parfois pendant des années, et se retrouvent aujourd’hui à la rue, l’établissement préteur saisisant leur maison pour défaut de paiement . . . La banque, elle, est doublement gagnante. Elle a gagné de l’argent sur le dos de ces emprunteurs à travers des taux d’intérêt élevés et elle récupère la maison (même si celle-ci est fortement dévaluée, elle garde néanmoins une certaine valeur marchande).
Selon Jackson :
“Il fut un temps où on pratiquait le “red lining” (profilage) dans certaines banques. Si vous habitiez dans un certain quartiers, on ne vous prêtait pas d’argent. Aujourd’hui nous assistons à un “redlining” à l’envers. Si vous êtes Noir ou Latino, même si vous remplissez les conditions pour pouvoir bénéficier d’un crédit “prime”, on va délibérément vous pousser vers des contrats “subprime”. Dans les deux cas, c’est une violation des lois anti-discriminatoires.”
Invité du Sommet économique de la “Rainbow PUSH Coalition” qui s’est tenu à Wall Street, en janvier dernier, Martin Gruenberg, vice-président de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) a donné des chiffres qui illustrent cette constatation :
“En 2005 et 2006, plus de 50% de tous les crédits accordés aux Africains-Américain ainsi que plus de 40% des crédits accordés aux Latinos étaient des contrats “subprime” – comparez cela au fait que seulement 19% des crédits accordés aux Blancs étaient “subprime”.
Et quand on analyse les cas individuels des demandeurs de crédit, on se rend compte qu’un sixième seulement de ces contrats a été accordé sur la base de la solvabilité de l’emprunteur. Si vous êtes Noir ou Latino, vous payez automatiquement plus cher que si vous êtes Blanc”
Le New York Times s’est appuyé sur les données obtenues via la loi “Home Mortgage Disclosure Act” (qui permet d’obtenir les détails des crédits immobilier consentis). Son enquête montre que – à salaire et solvabilité égal – dans des villes comme New York, Boston, Washington et Philadelphie, les Africains-Américains et les Latinos sont deux à trois fois plus nombreux à avoir des crédits immobiliers subprime à taux d’intérêts élevés.
Dans un article publié en novembre 2007 , le New York Times a mené l’enquête dans deux quartiers résidentiels de la région de Detroit – l’un avec une population à 97 % blanche et avec un revenu moyen de 51 000 US$, l’autre avec une population à 97 % noire, avec un revenu moyen de 49 000 US$. En 2006, 17% des crédits accordés dans le quartier Blanc étaient “subprime”, tandis que dans le quartier Noir, 70% des crédits accordés étaient “subprime”.
Le procureur général de l’Illinois Lisa Madigan a enfoncé le clou à l’antenne de la radio publique nationale :
“Un Africain-américain gagnant plus de 100 000 US$ par an avait plus de chances de se retrouver avec un crédit subprime à taux d’intérêt élevé, qu’une personne Blanche gagnant moins de 35 000 US$ par an. Il ne fait aucun doute que nous sommes en face d’une situation clairement discriminatoire“.
Le New York Times indique également que “environ 90 % des crédits subprime accordés entre 2004 et 2006 l’étaient avec des taux variables non cappés. Autrement dit, vous pouvez facilement voir doubler le montant d votre traite mensuelle. Et 70 % des crédit subprime comportent des pénalités en cas de remboursement anticipé – contrairement aux crédits “prime” dont seulement 2% comportent ce type de pénalité. . . “.
Pour Amy Wittman de la Coalition de défense des locataires :
“Non seulement on a floué les pauvres en leur faisant miroiter un statut de propriétaire mais en plus on profitait sur leur dos en leur facturant des taux d’intérêt deux à trois fois plus chers que la normale.
Les crédits subprime ce n’est rien d’autre qu’un loyer déguisé, et en plus un loyer très cher. Vous n’êtes pas propriétaire de votre maison tant que vous n’avez pas fini de payer… et si vous cessez de payer, vous perdez votre maison, sans récupérer les intérêts très elevés que vous avez payé sur les traites. Quelle est la différence par rapport à un locataire ?
De plus, le locataire est protégé par la loi et ne peut être évincé en cas de faillite personnelle. Mais le “propriétaire” n’a pas cette protection et la banque peut venir lui saisir sa maison quand elle veut.”
A ce jour, plus de 2.2 millions de crédits immobiliser “subprime” sont déjà en défaut de paiement aux Etats-Unis, accompagnés à chaque fois de la saisie de la maison – c’est le plus fort taux de saisie depuis la Grande Depression des années 1930. A ce jour, la valeur totale des pertes est estimée à 164 milliards de dollars. . .
Sources :
THE NATION : Where Did The Water Come In ? – http://www.thenation.com/blogs/edcut?bid=7&pid=287768
THE NEW YORK TIMES : What’s Behind The Race Gap ? - http://www.nytimes.com/2007/11/04/weekinreview/04bajaj.html?scp=1&sq=What%92s+Behind+the+Race+Gap%3F&st=nyt
17 mars 2008 at 3:02
[...] Les autorités fédérales ne se contentèrent pas d’imposer leur volonté aux Etats, ils allèrent même jusqu’à porter plainte au tribunal contre l’enquête menée par le ministre Spitzer. Celui-ci avait en effet entrepris d’enquêter sur des rumeurs comme quoi les établissements de crédit pratiquaient la discrimination raciale en matière de crédit immobilier et poussaient des clients « prime », parfaitement solvables à prendre des dossiers « subprime » à fort taux d’intérêt. Le point commun de tous ces clients était la couleur de leur peau. Une enquête de la Federal Deposit Insurance Corporation, en janvier 2008, a confirmé la réalité de ces pratiques discriminatoires (http://libertesinternets.wordpress.com/2008/03/01/la-discrimination-raciale-au-coeur-de-la-crise-du-…) [...]
13 juillet 2008 at 5:30
Et allons-y,encore un mauvais coup de méchants racistes, blancs, comme il se doit, avec les “subprimes”. Quand on se met dans la merde pour avoir pensé que l’on allait gagner à tous les coups au casino, il est réconfortant de pouvoir dire et se dire que c’est de la faute à “l’autre”. La rengaine est bien connue, entretenue depuis des décennies, pour ne pas dire plus. Vouloir faire croire qu’un pays aussi matérialiste que les USA voudraient donner à l’argent une autre couleur que le vert est une imposture. Si un client Noir et plein de fric (il y a en a beaucoup) exige un intérêt fixe et dans le marché, soyez assuré que le prèteur,fut-il intérieurement raciste, s’empressera de le lui accorder, car il s’en fout. A l’inverse, ne vous imaginez pas avoir un avantage si vous êtes même très blanc et fauché : dans ce cas non plus, l’argent n’a pas de couleur, pas plus qu’il n’a d’odeur : vous passerez à la casserole. Ce n’est pas une preuve d’amitié ni de sympathie envers les Noirs que de ne pas leur dire la vérité. D’ailleurs, beaucoup d’entre eux détestent que l’on les traite comme des débiles, ce que font ceux qui racontent n’importe quoi. Veni, vedi, vici.
7 juin 2009 at 2:45
« Alors qu’il aurait pu bénéficier d’un crédit aux taux normaux et aux traites modérées, il se retrouvait à payer un malus élevé, simplement à cause de la couleur de sa peau. »
Il n’aurait vraisemblablement pas bénéficié d’un crédit du tout parce que son pouvoir d’emprunt ne lui aurait tout simplement pas été suffisant pour acheter le bien immobilier qu’il convoitait.
Comme le fait remarquer le correspondant précédent, l’obtention de prêts aux meilleurs taux du marché dépend du faible risque pour le banquier, pas d’une supposée couleur de la peau ou whatever. Donc du niveau des garanties offertes, et du bon degré de solvabilité de l’emprunteur.
Si discrimination raciale il y a eu, c’est une discrimination inversée, voulue et renforcée à plusieurs reprises par les démocrates, une discrimination positive qui imposait, d’une certaine façon aux banques de faire plus de crédits hypothécaires aux minorités considérées comme défavorisées. Ainsi, le Community Reinvestment Act de 1977 impose une prise en compte de critères ethniques en matière de crédits. Les dispositions de cet Acte seront renforcées à cause de groupes de pression issus des minorités, comme par exemple l’ACORN où l’on retrouve un certain …Barack Obama.
Parallèlement, les démocrates renforcent et font pression sur des organismes de refinancement comme la Federal National Mortgage Association (dite “Fannie Mae”) et de Federal Home Loan Mortgage Corporation (dite “Freddie Mac”) organisent un second marché, ou des “paquets” de crédits subprimes (crédits structurés) sont revendus à des investisseurs institutionnels (assurances, Fonds de pension, etc…).
Comme, par ailleurs, Alan Greenspan maintenait les taux directeurs de le Fed à un niveau anormalement bas (pour résorber une bulle financière précédente, celle des NTIC), et que le marché de l’immobilier était en plein boum, tout le monde s’y retrouvait. Ainsi, même en cas de difficultés financières, les clients obligés de vendre bénéficiaient encore d’une plus-value, après remboursement de leurs dettes.
C’est ainsi que les démocrates ont faussé artificiellement les règles du marché, empêché les mécanismes autocorrecteurs (petites crises cycliques qui assainissent les excès du marché)et créés ainsi une immense bulle financière.
Mais les arbres ne montent jamais jusqu’au ciel, et l’économie réelle finit toujours par se venger. Et alors, le retournement de conjoncture, longtemps différé artificiellement, ne se traduit plus par une simple ajustement du marché, mais par une crise majeure, qui fait trembler toute l’économie.
Bref la crise dévastatrice que l’on connait n’est pas due à un soi-disant excès du libéralisme où les marchés seraient « devenus fous » comme le bêlent les politiques et les merdias désinformateurs, mais à un excès d’intervention de l’État dans le jeu économique. En mentant éhontément à l’opinion publique, les démocrates américains ont caché leurs erreurs et transformé celles-ci en victoire électorale avec l’élection d’Obama. Superbe hold-up sur !