[David Harsanyi - Denver Post - 24/02/2008 - Trad. Grégoire Seither]
Les observateurs politiques se demandent si les Américains sont “prêts” à voter pour une femme ou un Noir aux élections présidentielles. Une question plus pertinente serait de demander si les Américains sont prêts à voter pour un vieil homme blanc qui n’a pas un sourire étincelant.
Selon un récent sondage Gallup seulement 5% des Américains sondés ont affirmé qu’ils ne voteraient jamais pour un Noir, tandis que 11% affirment qu’ils ne voteront jamais pour une femme. . . Le candidat Républicain John McCain est handicapé par un autre facteur. Au moment de l’élection présidentielle, en novembre prochain, il aura 72 ans.
Or le même sondage Gallup révèle que 42% des Américains affirment qu’ils ne voteront jamais pour un “vieillard de 72 ans”. Une autre enquête affirme que 56% des Américains estiment que le pays n’élira jamais un “vieux président”. Le seul groupe social encore plus ostracisé que les vieux pour une élection présidentielles est celui des homosexuels et celui des athéistes.. . .
Et pourtant, dans la politique générale, les électeurs sont loin du racisme anti-vieux, bien au contraire. Washington est une véritable gérontocratie et certaines commissions du Congrès ressemblent à un aprés-midi de Bridge d’un club du 3è âge. A l’heure actuelle le pays compte 26 sénateurs de plus de 70 ans (dont 23 sont plus vieux que McCain). Il y a 6 sénateurs de plus de 80 ans et 36 de plus de 60 ans. Robert Byrd est âgé de 90 ans et toujours en exercice. Le sénateur Strom Thurmond, récemment décédé, a quité son fauteuil en 2003 à l’âge de 100 ans, ce qui signifie que, dans sa jeunesse d’homme politique, il a eu à voter sur le droit de vote des femmes.
Si les élcteurs ne sont pas “anti-vieux” en politique générale, ils deviennent plus hésitants quand il s’agit de choisir un président. Le plus vieux président jamais élu était Ronald Reagan - presque deux ans plus jeune que McCain. Quand il a été interrogé sur son grand âge lors de la campagne de 1984, Reagan a eu une réplique devenue célèbre : “Je ne pense pas que la jeunesse et l’inexpérience de mon adversaire politique soient un thème de campagne”. Aujourd’hui nous savons que le deuxième mandat de Reagan a été marqué par une descente dans la maladie et la psychopathologie, descente soigneusement cachée par son entourage.
Elu à 68 ans, le président William Henry Harrison est le deuxième plus vieux président des Etats-Unis. Héros de la guerre, “Papy Harrison,” comme l’appelaient ses adversaires, était un politique aguerri. Mais sa victoire lui a été fatale. Le jour de sa prise de fonction, il a tenu à faire son discours inaugural devant la Maison Blanche, sous la bruine et dans un vent glacial. Son discours fut interminable - plus 8 400 mots, un des plus longs discours inauguraux de l’histoire des Etats-Unis. Ensuite, le discours achevé, il a participé à la parade d’inauguration de sa présidence. La suite ne s’est pas faite attendre. Harrison s’est enrhumé, rhume qui a dégénéré en pneumonie… affaibli par la maladie, le président Harrison est mort 31 jours après avoir été élu.. . .
Bien sûr, cet exemple n’a pas pour but d’affirmer que John McCain est à deux doigts de casser sa pipe. Mais à 71 ans, il faut savoir évaluer justement ses limites. Politiquement, cela signifie que le choix de Mc Cain pour le poste de Vice-Président risque d’être extrèmement important… en tout cas ce choix n’a pas eu une telle importance depuis l’élection de Reagan. Cela signifie aussi que McCain va avoir du mal à contrer Obama sur son domaine de prédilection, le “changement”. A 46 ans, Barack Obama est presque le plus jeune sénateur du pays.