12 janvier 2008
JACQUES THOMET : “LA VÉRITÉ SUR LES FARC SORT ENFIN”
Posted by libertesinternets under Hugo Chavez, Manipulation de l'opinion, Néo-connerie, Observatoire de l'empireLes accusation de Jacques Thomet contre la famille d’Ingrid Betancourt sont assez dégueulasse - même si Thomet a pour lui le fait de bien connaître le pays et d’avoir mené une enquête solide sur “l’affaire Bétancourt”… Ce qui est dommage c’est que son article est une “hit piece”, un papier dont le premier but de défendre Alvaro Uribe, enfant chéri de Washington, et de dégommer (encore !!!) Chavez.
Nicolas Joxe répond à Jacques Thomet, quelques jours plus tard, toujours dans “Le Monde”
[Jacques Thomet - Le Monde - 09/01/2008]
[Jacques Thomet est l'ancien directeur de l´Agence France-Presse à Bogota, auteur de "Ingrid Betancourt, histoire de coeur ou raison d´Etat ?" (Ed. Hugo et Cie, 2006)]
Le diable en Colombie, c’est désormais la guérilla, et non plus Alvaro Uribe, pour le public français. Une page se tourne enfin. Vilipendé jour après jour depuis six ans par la mère, la soeur, la fille et l’ex-mari d’Ingrid Betancourt, avec l’aide de Dominique de Villepin et de Jacques Chirac, le président de Colombie a fait d’un coup échec et mat aux narcoterroristes des FARC et à ceux qui épousaient leurs mensonges. Non pas après une offensive armée de grande envergure, mais par la grâce d’un enfant, Emmanuel.
Ingrid Betancourt et son chef de campagne pour la présidentielle de mai 2002 pour le parti Oxygène en Colombie, Claraleti Rojas, ont été enlevées le 23 février de cette année-là par les FARC, pour rejoindre le lot tragique des 3 000 otages d’une guérilla qui ne vit que du trafic de cocaïne et du rançonnement des civils séquestrés, pour un revenu à hauteur de 400 millions de dollars par an. Paris n’avait jamais éprouvé le moindre intérêt pour cette effrayante injustice jusqu’à la captivité d’Ingrid.
En Colombie, Ingrid n’a jamais été que l’un des 3 000 Colombiens aux mains des rebelles, et nul n’ignore qu’elle s’était jetée dans la gueule du loup en refusant d’obéir aux objurgations des services secrets de son pays qui l’avaient incitée, en vain, à ne pas poursuivre son chemin vers le repaire de la guérilla le 23 février 2002 (je garde par-devers moi un document secret qui le prouve). L’intervention publique de Jacques Chirac en sa faveur, sous la pression de Dominique de Villepin, a réussi à déformer la vision des médias français sur la tragédie colombienne. La scène y a longtemps opposé un méchant, Alvaro Uribe, à une guérilla « romantique » méprisée par le chef de l’Etat. Dans cette intrigue répétée sans relâche par la famille Betancourt, le président colombien endossait le rôle d’accusé.
Ni la famille Betancourt ni les médias français n’ont jamais reconnu les concessions faites par Alvaro Uribe, incapable il est vrai de s’assurer les services d’un organe de communication compétent. Ce président, élu au suffrage universel en 2002 avec 54 % des voix, a été réélu en 2006 avec 64 %, sur une plate-forme de « gant de fer contre les terroristes » (les FARC sont ainsi qualifiées officiellement par l’Union européenne). Contre tous ses engagements initiaux « de ne pas libérer un millimètre du territoire national au profit de la guérilla », cet ancien gouverneur de Medellin a accepté de négocier avec ces mêmes FARC qui avaient abattu son père, Alberto, en 1983, dans leur ferme. Le 13 décembre 2005, Uribe accepte même d’offrir 180 km2 de la Colombie aux FARC pour négocier un échange humanitaire sous l’égide de la France, de l’Espagne et de la Suisse. La guérilla rejette l’offre, et invoque son « refus de négocier avec le président colombien ». Les médias français n’évoquent jamais cet épisode.
En 2007, les FARC paraissent en mesure de mettre à genoux Alvaro Uribe. Sous la pression internationale de pays dont la France, il avait déjà accepté en juin de libérer un commandant de cette guérilla, Rodrigo Granda, sur la demande expresse de Nicolas Sarkozy, puis 152 rebelles, mais sans aucune contrepartie connue. Le président colombien fait un nouveau pas sur son chemin de Canossa. Il accepte alors en décembre 2007 de laisser son homologue du Venezuela - haï en Colombie pour ses relations avec le régime castriste - recevoir les trois otages que la guérilla veut libérer pour les lui confier à Caracas : Claraleti Rojas, son fils Emmanuel (conçu en captivité avec un guérillero), et une parlementaire, Consuelo de Perdomo. Ce « geste » des FARC confirme les relations étroites entre Hugo Chavez et les rebelles, qui disposent de centaines de camps de repli au Venezuela sur les 2 300 km de frontière commune entre les deux pays.
Un véritable cirque médiatique est alors monté par le président vénézuélien, avec la complicité d’une sénatrice colombienne d’extrême gauche, Piedad Cordoba. Huit pays dont la France envoient des délégués de haut rang : ambassadeurs, ministres, ou ex-président comme l’Argentin Nestor Kirchner. Le CICR de Genève attend comme eux la libération des otages. Le suspense se prolonge pendant cinq longues journées.
La désillusion est totale. Les FARC annoncent le 31 décembre 2007 leur refus de libérer les deux femmes et l’enfant Emmanuel, sous un prétexte fallacieux. La vérité sort alors de son puits. Emmanuel n’était plus chez les FARC, annonce dans la soirée Alvaro Uribe. Sous le faux nom de Juan David Gomez Tapiero, souffrait de malnutrition, paludisme et leishmaniose quand il avait été confié par les rebelles à un certain José Cristiano Gomez en juillet 2005. Quand les FARC ont voulu récupérer le bébé en décembre dernier, ils ignoraient qu’Emmanuel avait été transféré dans la capitale.
Les révélations du président colombien suscitent aussitôt la suspicion de la guérilla et de ses complices. Fabrice Delloye, l’ex-mari d’Ingrid Betancourt, dénonce le « machiavélisme » d’Alvaro Uribe le 3 janvier. Depuis près de six ans, il n’a cessé de vouer le chef de l’Etat aux gémonies, pour son refus des diktats de la guérilla. Hugo Chavez accuse son homologue colombien d’avoir « dynamité » la libération des otages par ses assertions.
La fourberie des FARC a renforcé Alvaro Uribe, déstabilisé Hugo Chavez - muet depuis ces révélations - et, hélas, ridiculisé tous les pays qui avaient oublié d’imiter Ulysse en ne se faisant pas attacher au mât pour échapper à l’appel de sirènes encore plus dangereuses que dans la mythologie : la sanglante guérilla colombienne.
16 janvier 2008 at 10:42
[...] Je suis content que notre ami Nicolas, qui connait bien la Colombie, ait pris le temps de répondre à l’article de Thomet. Mais la Chavez-phobie des médias français est telle qu’on ne voit que Thomet dans les [...]
17 janvier 2008 at 2:03
Auteur d’un point de vue dans Le Monde, auquel a répondu Nicolas Joxe avec une certaine virulence dans le même quotidien, je viens de découvrir votre site.
Je respecte les opinions émises. Juste quelques précisions, outre celles que je publie sur mon blog: http://www.jacquesthomet.unblog.fr en réponse à l’article de Nicolas Joxe.
L’un d’entre vous assure qu’on ne “voit” que moi dans les médias. Si seulement vous disiez vrai! Jamais rien sur les principales TV françaises: TF1, France 2, France 3
Chavez-phobie ? Lisez les dépêches que j’ai écrites pendant et après le coup d’Etat de 2002 contre Chavez. Elles citent les appels des victimes du putsch, qui m’appelaient depuis la clandestinité (dont le “Premier ministre” du cabinet de Chavez) pour alerter l’ONU et l’Europe sur la répression des putschistes.
J’ai été le seul à dénoncer la présence de deux colonels américains avec les putschistes, ce qui m’a valu des démentis du département d’Etat américain, mais j’ai maintenu mes informations.
Quant à la famille Betancourt, relisez le Paris-Match de décembre, où Lorenzo et Sébastien Delloye font leur autocritique pour avoir mis en cause à tort Uribe. Qui détient Ingrid et des milliers d’otages, ce sont les FARC.
18 janvier 2008 at 9:24
Bonjour Jacques
Le commentaire est de moi, je suis franco-colombienne et amie de la famille Rojas. Je maintiens, votre article dans le Monde a été cité et repris par la quasi totalité des fils d’actu tandis que celui de Nicolas Joxe a été ignoré…
Quand à la “Chavez-Phobie”, il suffit de regarder là :
http://jacquesthomet.unblog.fr/tag/hugo-chavez/
En venir à souhaiter une guerre entre nos deux pays, non mais vraiment… mes deux frères sont dans l’armée, ils connaissent probablement mieux la situation que vous (même si vous vous croyez dans le secret des dieux parce que des officiel du gouvernement Uribe vous passent parfois des documents confidentiels qui nourissent (leurs/vos) théories.
Je répète, Uribe a la faveur de l’inteligentsia occidentale parce qu’il est un bon petit soldat du néo-libéralisme, c’est probablement pour cela que vous le soutenez avec toute la vigueur d’un propagandiste. Je lis certains de vos articles sur votre blog, je me demande où est votre “objectivité journalistique” (pour autant que cela existe).
Autant j’ai trouvé intéressant votre livre (même si, après en avoir discuté avec des collègues de mes frères un certain nombre de vos informations sont biaisées parce qu’on vous a donné que ce qu’on voulait vous faire dire…
autant je trouve dommage que vous vous soyez transformé en “Minnesänger” d’Uribe et que vous ne puissiez plus écrire sur Chavez sans en avoir la bave aux lèvres.
Attention au patriotisme idiot, c’est un virus qui court les rues dans mon pays.
Maria Consuelo Sarmiento
19 janvier 2008 at 11:33
Bonsoir Maria Consuelo:
J’adore la controverse. Comment pouvez-vous appuyer, en tant que colombienne, les positions de Hugo Chavez sur votre pays? Même Gustavo Petro appuie la manif du 4 février contre les FARC. TOus les partis sont soudés contre l’immixtion de M. Chavez dans les affaires intérieures de votre pays. Vous avez lu la lettre du colonel Mendieta ?
“Minnesänger d’Uribe”? Tiens, ça me rappelle les castristes quand ils me traitaient de “correveidile del imperialismo” (dans un livre) quand je travaillais à Cuba. C’est dans mon libre sur l’AFP- Les soldats de l’information (Hugo Doc). Vous y lirez comment j’ai couvert le coup d’Etat contre Chavez. Et vous verrez ce qu’il en est. Chavez a été élu, réélu, démocratiquement, mais son appui aux FARC, nadie lo traga o puede tragarlo.
Quant à l’objectivité, elle n’existe pas bien entendu. Je préfère le terme honnêteté. Nous sommes tous intoxiqués par l’un ou l’autre bord dans toute affaire, il faut le savoir et trouver un maximum de sources. Ecrivez-moi sur mon site.
Cordialement/ JT
Un détail: je ne bave pas, j’écris, mais si vous préférez, mettez un bavoir pour me lire !
20 janvier 2008 at 12:36
Bonjour M. Thomet
Bien sur que tout le monde va aller à la manif contre les FARC, nous en avons tous assez de cette guerre qui dure depuis 40 ans…
… mais quelle solution ? Vous préferez la solution des “éradicateurs” qu’on prèche à mes frères dans l’armée ? Le “punto final”, une offensive tous azimuts contre les FARC, la guerre totale ? Vous savez très bien que cela ne fonctionnera pas et que des milliers de civils mourront, ça ne marche que dans les films de rèves guerriers de nos officiers formés au Nord.
Les FARC sont tout au fond de leur jungle et tant que la politique anti-drogue des USA continuera à maintenir les prix de la jeje élevés, ils n’auront pas de problèmes de trésorerie… ils peuvent continuer comme cela pendant encore 30 ans…
Alors la stratégie de Chavez (même si elle est basée sur un mélange de naivete romantique et de calcul vicelard), je suis prèt à lui donner une chance… ramener les FARC à la table, boire la potion amère comme les anglais l’ont fait en Irlande du nord… il faut tout essayer. Uribe le fait aussi, vous avez raison, mais il fait aussi tout pour géner les négociations avec les preneurs d’otages, par ce qu’il croit encore à la solution éradicatrice et parce que cette violence l’arrange
Il y a beaucoup de choses qui me gènent chez Chavez, mais tout autant me gène le parti-pris haineux qu’il y a contre lui, ici en France. On ouvre les bras à Khadafi, on va faire des bizness avec les chinois… mais Chavez, hou là, non, c’est le diable…
Et quand je vais aux USA, je suis effaré par la montagne de mensonges que les médias vomissent jour après jour sur lui…
… alors je trouve cela suspect. Et donc je suis allé voir sur place, deux ans à Caracas à travailler… et je n’ai pas reconnu le pays que la presse décrit à longueur de journée ici. Je ne suis pas devenue chavista, mais je me méfie des campagnes orchéestrées par Washington contre les dirigeants de pays qui ont du pétrole et ne veulent pas céder au dictat.
Chavez, de par ses affinités idéologiques et le fait qu’il joue le rôle du chevau léger qui tient tête au Nord, dispose d’un canal que Uribe n’a pas… quels que soient ses motifs, je ne pense pas que le fait qu’il utilise ce canal pour faire avancer la cause ds otages soit de l’immixtion…
Surtout que la Colombie ne se gène pas pour faire de l’immixtion également, pour ne citer que les bases US en Colombie depuis lesquelles sont lancées des opérations de déstabilisation du Vénézuéla ou le soutien apporté aux putschistes…
J’essaie d’être une journaliste honnète, c’est pour cela je ne ferais pas des tribunes libres et des interviews dans la presse à la gloire de Chavez… ou d’Uribe.
Maria Consuelo Sarmiento