Les accusation de Jacques Thomet contre la famille d’Ingrid Betancourt sont assez dégueulasse - même si Thomet a pour lui le fait de bien connaître le pays et d’avoir mené une enquête solide sur “l’affaire Bétancourt”… Ce qui est dommage c’est que son article est une “hit piece”, un papier dont le premier but de défendre Alvaro Uribe, enfant chéri de Washington, et de dégommer (encore !!!) Chavez.

Nicolas Joxe répond à Jacques Thomet, quelques jours plus tard, toujours dans “Le Monde”

[Jacques Thomet - Le Monde - 09/01/2008]

Les révélations de l’ADN sur le petit Emmanuel donnent raison au président colombien sur les otages

[Jacques Thomet est l'ancien directeur de l´Agence France-Presse à Bogota, auteur de "Ingrid Betancourt, histoire de coeur ou raison d´Etat ?" (Ed. Hugo et Cie, 2006)]

Le diable en Colombie, c’est désormais la guérilla, et non plus Alvaro Uribe, pour le public français. Une page se tourne enfin. Vilipendé jour après jour depuis six ans par la mère, la soeur, la fille et l’ex-mari d’Ingrid Betancourt, avec l’aide de Dominique de Villepin et de Jacques Chirac, le président de Colombie a fait d’un coup échec et mat aux narcoterroristes des FARC et à ceux qui épousaient leurs mensonges. Non pas après une offensive armée de grande envergure, mais par la grâce d’un enfant, Emmanuel.

Ingrid Betancourt et son chef de campagne pour la présidentielle de mai 2002 pour le parti Oxygène en Colombie, Claraleti Rojas, ont été enlevées le 23 février de cette année-là par les FARC, pour rejoindre le lot tragique des 3 000 otages d’une guérilla qui ne vit que du trafic de cocaïne et du rançonnement des civils séquestrés, pour un revenu à hauteur de 400 millions de dollars par an. Paris n’avait jamais éprouvé le moindre intérêt pour cette effrayante injustice jusqu’à la captivité d’Ingrid.

En Colombie, Ingrid n’a jamais été que l’un des 3 000 Colombiens aux mains des rebelles, et nul n’ignore qu’elle s’était jetée dans la gueule du loup en refusant d’obéir aux objurgations des services secrets de son pays qui l’avaient incitée, en vain, à ne pas poursuivre son chemin vers le repaire de la guérilla le 23 février 2002 (je garde par-devers moi un document secret qui le prouve). L’intervention publique de Jacques Chirac en sa faveur, sous la pression de Dominique de Villepin, a réussi à déformer la vision des médias français sur la tragédie colombienne. La scène y a longtemps opposé un méchant, Alvaro Uribe, à une guérilla « romantique » méprisée par le chef de l’Etat. Dans cette intrigue répétée sans relâche par la famille Betancourt, le président colombien endossait le rôle d’accusé.

Ni la famille Betancourt ni les médias français n’ont jamais reconnu les concessions faites par Alvaro Uribe, incapable il est vrai de s’assurer les services d’un organe de communication compétent. Ce président, élu au suffrage universel en 2002 avec 54 % des voix, a été réélu en 2006 avec 64 %, sur une plate-forme de « gant de fer contre les terroristes » (les FARC sont ainsi qualifiées officiellement par l’Union européenne). Contre tous ses engagements initiaux « de ne pas libérer un millimètre du territoire national au profit de la guérilla », cet ancien gouverneur de Medellin a accepté de négocier avec ces mêmes FARC qui avaient abattu son père, Alberto, en 1983, dans leur ferme. Le 13 décembre 2005, Uribe accepte même d’offrir 180 km2 de la Colombie aux FARC pour négocier un échange humanitaire sous l’égide de la France, de l’Espagne et de la Suisse. La guérilla rejette l’offre, et invoque son « refus de négocier avec le président colombien ». Les médias français n’évoquent jamais cet épisode.

En 2007, les FARC paraissent en mesure de mettre à genoux Alvaro Uribe. Sous la pression internationale de pays dont la France, il avait déjà accepté en juin de libérer un commandant de cette guérilla, Rodrigo Granda, sur la demande expresse de Nicolas Sarkozy, puis 152 rebelles, mais sans aucune contrepartie connue. Le président colombien fait un nouveau pas sur son chemin de Canossa. Il accepte alors en décembre 2007 de laisser son homologue du Venezuela - haï en Colombie pour ses relations avec le régime castriste - recevoir les trois otages que la guérilla veut libérer pour les lui confier à Caracas : Claraleti Rojas, son fils Emmanuel (conçu en captivité avec un guérillero), et une parlementaire, Consuelo de Perdomo. Ce « geste » des FARC confirme les relations étroites entre Hugo Chavez et les rebelles, qui disposent de centaines de camps de repli au Venezuela sur les 2 300 km de frontière commune entre les deux pays.

Un véritable cirque médiatique est alors monté par le président vénézuélien, avec la complicité d’une sénatrice colombienne d’extrême gauche, Piedad Cordoba. Huit pays dont la France envoient des délégués de haut rang : ambassadeurs, ministres, ou ex-président comme l’Argentin Nestor Kirchner. Le CICR de Genève attend comme eux la libération des otages. Le suspense se prolonge pendant cinq longues journées.

La désillusion est totale. Les FARC annoncent le 31 décembre 2007 leur refus de libérer les deux femmes et l’enfant Emmanuel, sous un prétexte fallacieux. La vérité sort alors de son puits. Emmanuel n’était plus chez les FARC, annonce dans la soirée Alvaro Uribe. Sous le faux nom de Juan David Gomez Tapiero, souffrait de malnutrition, paludisme et leishmaniose quand il avait été confié par les rebelles à un certain José Cristiano Gomez en juillet 2005. Quand les FARC ont voulu récupérer le bébé en décembre dernier, ils ignoraient qu’Emmanuel avait été transféré dans la capitale.

Les révélations du président colombien suscitent aussitôt la suspicion de la guérilla et de ses complices. Fabrice Delloye, l’ex-mari d’Ingrid Betancourt, dénonce le « machiavélisme » d’Alvaro Uribe le 3 janvier. Depuis près de six ans, il n’a cessé de vouer le chef de l’Etat aux gémonies, pour son refus des diktats de la guérilla. Hugo Chavez accuse son homologue colombien d’avoir « dynamité » la libération des otages par ses assertions.

La fourberie des FARC a renforcé Alvaro Uribe, déstabilisé Hugo Chavez - muet depuis ces révélations - et, hélas, ridiculisé tous les pays qui avaient oublié d’imiter Ulysse en ne se faisant pas attacher au mât pour échapper à l’appel de sirènes encore plus dangereuses que dans la mythologie : la sanglante guérilla colombienne.