Eric Breteau et les autres romantico-humanitaires de l’Arche de Zoé sont l’archétype de l’idéologie néo-coloniale qui prévaut en France quand on parle du “Tiers Monde” et notamment de l’Afrique… le rève de tout blanc expat’ c’est de finir comme Tintin, avec des nègres reconnaissants qui disent, après son départ “Lui y en a être bon boula matari”…
Jamais très loin du mythe “C’est nous les Africains”, des films de légionnaires ou du “Paris-Dakar”, l’Afrique est perçue comme un grand terrain de jeu pour amateurs de sensations fortes et voulant faire la charité, un endroit grouillant et sans loi dans lequel on peut plus ou moins faire n’importe quoi. C’est du Tintin au Congo “pur jus”. Il suffit de fréquenter quelques VAT à Nouméa ou des Expatriés à Abidjan pour s’en rendre compte… Jamais l’Arche de Zoé ne se serait permis d’agir de cette manière dans un pays “civilisé” (entendre : blanc)…
… et Sarkozy vient encore justifier cette vision en obtenant le rapatriement des six de l’Arche de Zoé, car bien sûr, un blanc ne saurait croupir dans une infâme prison nègre, n’est-ce pas ?
Tout le monde pleure sur les “pauvres petits blancs” qui ont échappé à l’horreur des prisons africaines, mais personne ne se pose la question de ce que vont vivre les accusés tchadiens. Pour eux, il n’y aura pas de “transfèrement”, eux croupiront dans les “infâmes prisons”, abandonné par les petits zorros français qui montrent là encore une fois qu’ils ne sont que des romantiques nuisibles.
Ca leur aurait pourtant fait du bien de passer quelques années dans la “vraie réalité” africaine….
Dès 2002, la fédération crée le programme « SOS 4×4 » et fait ses premières armes en France, en aidant les victimes des inondations dans le Gard, puis les équipes de nettoyage de la marée noire en Gironde. Elle soutient aussi de petites actions au Maghreb, sous le nom de Solidarité 4×4.
Quand le tsunami frappe l’Asie du Sud-Est, en décembre 2004, Eric Breteau est mûr pour franchir le pas. Il part pour l’Indonésie, entraînant avec lui plusieurs membres de sa fédération. L’un d’entre eux, Yves de la Kéthule, informaticien belge vivant en France, propose à sa fille Axelle de l’accompagner, car elle est infirmière- puéricultrice. Elle restera plusieurs mois en Indonésie avec Eric Breteau. Dès le jour du départ, à l’aéroport, elle a l’occasion d’apprécier sa puissance de conviction : « Mon père et moi n’avions pas de visa pour l’Indonésie, on nous a interdit d’embarquer. Eric est allé parler aux officiels de l’aéroport, il a montré des lettres prouvant que nous étions en mission humanitaire, et nous avons pu prendre l’avion. »
Axelle se souvient aussi de leurs relations difficiles avec les grosses ONG : « Un jour, j’ai assisté à une réunion d’experts sur le problème des puits dans un camp de réfugiés. J’ai découvert qu’aucun n’était allé sur place, c’est moi qui ai dû leur expliquer. Avec Eric, on se demandait comment ils arrivaient à accomplir si peu de choses avec autant de moyens. » Eric Breteau fera plusieurs séjours en Indonésie en 2005 et 2006, soit en indépendant, soit en se raccrochant à des opérations plus importantes. C’est là qu’il rencontre Emilie Lelouch, une jeune ambulancière humanitaire française, par ailleurs artiste de cirque et organisatrice de tournées artistiques. Très vite, Emilie et Eric deviennent inséparables.
En 2007, les victimes du tsunami sont passées de mode. Eric Breteau, qui va avoir 37 ans, part à la recherche d’une nouvelle cause. Ce sera le Darfour, cette province du Soudan où, selon certains groupes de pression, un immense génocide est en cours. Après un voyage de reconnaissance, il imagine une aventure inédite : l’exfiltration semi-clandestine vers la France d’orphelins du Darfour, via le Tchad voisin.
Pour lui, l’existence du génocide est une certitude, et tous ceux qui en doutent sont complices. Plus question de dépendre des grandes ONG, L’Arche de Zoé devra maîtriser toute l’opération. Eric peut compter sur l’aide d’Emilie, d’une quarantaine de militants recrutés sur Internet et parmi ses voisins, ainsi que sur le réseau informel des secouristes du Val-d’Oise.
Au début, Eric Breteau imagine un projet fou : transporter dix mille orphelins, qui seront répartis dans des familles d’accueil en Europe et aux Etats-Unis. Il réussit à entraîner dans leur rêve des associations telles que Sauvez le Darfour, puis à convaincre des centaines de familles françaises de verser près de 550 000 euros pour financer l’opération. Quelques unes sont effrayées par l’esprit dominateur et le goût du secret d’Eric Breteau, mais la plupart sont séduites par son charisme, sa capacité d’écoute et son optimisme. Il obtiendra même 1 000 euros de la municipalité du Touquet, par l’entremise d’un pompier de la ville.
Très vite, il s’aperçoit qu’il faut redimensionner l’opération : on passe de 10 000 enfants à 1 000, puis à 300. Au final, ils seront 103.
