[Le Canard Enchaîné - 21/11/2007]

Le député-maire de Meaux, avocat à temps partiel et président du groupe UMP à l’Assemblée, ne sacrifie pas ses grandes ambitions à ses petits métiers.

Moins de six mois après les législatives de juin, c’est déjà la fête au président du groupe UMP de l’Assemblée nationale, Jean-François Copé ! Agacé de sa superbe et de ses très hautes prétentions, Sarko daube sur son compte ("Il est totalement imbu de sa personne; il a pété les plombs !") parce qu’à diverses reprises des députés du parti majoritaire ont préféré s’abstenir sur des textes importants (les tests ADN par exemple ou encore le budget de la Justice). Des ministres assurent tout naturellement qu’il "ne tient pas ses troupes", et lesdites troupes protestent contre ses absences et son manque d’attention à leur endroit. Bref, un festival ..

A l’Assemblée, des députés s’offusquent encore (ou feignent de s’offusquer) de sa décision de consacrer au moins deux matinées par semaine aux clients de l’important cabinet d’avocats d’affaires parisien Gide, Loyrette et Nouel (500 euros l’heure, selon certaines estimations). Alors que ce cabinet conseille l’Etat sur la fusion Suez-Gaz de France et que son nouvel associé prête donc le flanc au reproche de mélange des genres.

Alors même qu’entre ses fonctions de député et de président de groupe, de maire (de Meaux) et de président d’un conseil d’agglomération notre ami ne manque pas de dossiers pour occuper ce qui peut lui rester de temps libre.

Surtout, Copé n’a pas rehaussé sa faiblichonne cote d’amour en avouant tout cru ses ambitions en début de semaine dernière sur Canal Plus. Alors que ce quinquennat a tout juste six mois, il veut "effectivement un jour être en situation d’être candidat" (à l’Elysée) mais dans "très longtemps", enfin au plus tôt "en 2017" : à cette date, il aura l’âge de Sarko aujourd’hui (52 ans), ce qu’il n’avait d’ailleurs pas manqué de faire déjà observer au chef de l’Etat.

Histoire sûrement, entre deux "coups de lèche", comme dit Nicolas, de réchauffer un peu l’ambiance. "Copé, il est vaillant", aimait à dire Raffarin de celui qui fut son secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement et le porte-parole de son gouvernement. Pour se faire mousser, on ne le prendra en tout cas pas en défaut.

Des parlementaires s’en disent convaincus, et même informés: si Copé a décroché son fauteuil de président de groupe (il s’en dit "invirable" pour cinq ans), c’est parce qu’il ne déplaisait pas à Sarko que cet ostensible carnassier s’y étale.

Ex-"baby-Chirac" (c’est de lui), ex-"pitbull de Juppé" (c’est de ses collègues), ex-ministre donc de Raffarin et de Villepin, rallié tardivement à la mouvance Sarko, Copé, lui, devant la presse, se félicitait plutôt au printemps de voir lui échapper la perspective d’un grand maroquin ministériel : "Ça va faire comme sous Mitterrand. Ils (la nouvelle équipe) vont jouer les dépensionnistes. Ils vont détruire ce que nous avions réussi (sous Galouzeau, Jean-François sévissait aussi au Budget). A l’heure de vérité (des chiffres) il sera bien temps de réclamer un changement de cap." Et de le piloter aux Finances?

Dans l’immédiat, la complainte du député anti-Copé moyen peut se résumer à peu près ainsi: "Il se fout de nous. Il ne nous répercute pas les souhaits du gouvernement et il ne nous écoute pas. Il est cassant et il ne s’occupe que des jeunes députés, ceux-là mêmes qui pourront l’aider dans son opération élyséenne." Accessoirement, Copé s’est aussi doté d’un club politique, Génération.fr, et – une nouveauté dans la fonction de président de groupe – d’une attachée de presse personnelle.

Il faut croire que ça ne suffisait pas. Conséquence ou non de son comportement abrupt, JFC a enregistré en effet quelques revers parlementaires. Passons sur le grand cafouillage de l’impossible financement politique du Nouveau Centre : après avoir laissé les ex-copains de Bayrou se débrouiller à peu près seuls, Copé a attribué le plantage à son grand ennemi du moment, le très sarkozyste secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement, Roger Karoutchi.

Par conviction philosophique ou religieuse, faute peut-être d’être assez cornaqués, quarante UMP ont boudé la loi sur les tests ADN et trois ont fait de même pour le budget de la Justice. Un moindre mal: ils étaient d’abord douze à vouloir censurer Rachida.

Pas du genre en effet à s’attarder avec qui l’ennuie, Copé est trop avisé pour laisser plus longtemps se développer une bronca à son encontre. Fana de piano, il sait à l’occasion passer au violon. Il avait déjà, il y a peu, lancé une série de petits déjeuners de réconfort avec de petits groupes de députés, et il se prépare à adresser en décembre un grand laïus protecteur aux assistants parlementaires, catégorie socioprofessionnelle choyée par Karoutchi. Enfin, dans l’histoire des tribunaux d’instance, il a donc ramené dans le droit chemin neuf des douze députés d’abord Daticides.

"Toi, tu es vraiment à ton compte", lui avait un jour lancé Sarko, qui venait de relever ses fidélités successives. Un compte que le Président se réserve de régler un autre jour ?

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