Une commission d’enquête du Congrès apporte la preuve que le Procureur général des Etats-unis était au service du pouvoir et avait donné des ordres de cibler spécifiquement les élus de l’opposition Démocrate.

[Gregoire Seither - IES News Service - 24/10/2007]

Chaque fois que l’on se penche sur le scandale qui entoure l’ancien Procureur général des Etats-unis, de nouvelles preuves apparaissent, montrant que Alberto Gonzales avait mis en place une stratégie d’asservissement politique de la Justice fédérale, au point que par moment le Ministère de la Justice ressemblait à une filiale du Comité National du Parti Républicain.

Hier, par exemple, Richard Thornburgh, ancien procureur général et membre du Parti Républicain, a témoigné devant une commission d’enquête du Congrès des Etats-Unis, affirmant que son client, Dr. Cyril Wecht, un élu du Parti Démocrate en Pennsylvanie, avait été traîné à tort devant une juridiction fédérale, en réponse à une consigne du Procureur général US qui voulait que les élus Démocrates soient spécifiquement ciblés.

La même commission d’enquête a rassemblé des preuves que les mises en examen de Don Siegelman, ancien gouverneur de l’Alabama, et Paul Minor, élu du Parti Démocrate dans le Mississipi, avaient des motivations politiques.

Devant la commission, Donald Shields, professeur à l’université du Missouri à prouvé, statistiques à l’appui que le Ministère de la Justice a mis en examen presque six fois plus d’élus et membres du Parti Démocrate que de Républicains. L’enquête de Shields montre que “les chances pour que cela soit un hasard, sont de 1 sur 10 000. Dans n’importe quel autre situation, on dirait que le Ministère de la Justice a mené une stratégie de discrimination politique ciblée (political profiling).

Les membres du Parti Républicain siégeant dans la commission d’enquête ont rejeté ces affirmations et refusé d’enquêter plus loin. Ils se sont contenté de demander aux différents témoins s’ils avaient des preuves que les procureurs généraux incriminés avaient reçu des consignes de la part du Président ou d’autres membres haut placés de l’administration Républicaine dans le cadre d’un plan ciblant spécifiquement des membres de l’opposition.

Ces preuves seront difficiles à rassembler, étant donné que Karl Rove et Harriet Miers ont fait valoir leur statut particulier pour refuser de témoigner devant le Congrès. Quand au Ministère de la Justice, il fait pour l’instant la sourde oreille aux demandes des enquêteurs spéciaux qui ont demandé d’avoir accès aux archives de cette époque.

Mais d’ores et déjà il y a suffisamment d’indices permettant de suspecter une manipulation de la justice au bénéfice du parti au pouvoir. Des citoyens américains membres ou sympathisants d’un parti d’opposition sont délibérément ciblés par la justice pour nuire à leur carrière politique ou les écarter du jeu politique.

Source : éditorial du New York Times – 24/10/2007 “Fausser la balance de la justice” – Trad. Grégoire Seither :
http://www.nytimes.com/2007/10/24/opinion/24wed1.html