Au début on se dit “Oui, mais moi je n’ai rien à me reprocher…”
Et puis une fois qu’on est pris dans la toile de Kafka, on se rend compte
que ce n’est pas simple que cela, d’en sortir. C’est ainsi que naissent les dictatures…
La spirale infernale des “listes noires” américaines
[Le Monde 29.03.07]
“Je ne suis pas le fils de Saddam Hussein, je n’ai aucun lien avec lui !” Tom Kubbany, qui est né et a grandi dans le Michigan, aux Etats-Unis, a un seul tort : son deuxième prénom, Hassan, est l’un des alias connu d’Ali Saddam Hussein, le troisième fils supposé de Saddam Hussein (son existence reste sujette à caution). Kubbany est né en 1949, la naissance d’Hassan remontant, elle, à 1980 ou 1983 (selon les sources), il ne s’en est pas moins vu refuser un prêt bancaire, rapporte CBS5, l’antenne californienne du réseau CBS.
Dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001, George W. Bush a considérablement étendu le recours aux “listes noires” de personnes soupçonnées d’être, directement ou indirectement, liées à divers mouvements terroristes ou cartels de narco-trafiquants.
L’identité des personnes qui, aux Etats-Unis, veulent acheter ou louer une voiture, une maison, ou encore obtenir un prêt bancaire, est ainsi systématiquement comparée à la liste noire de l’Office of Foreign Asset Control (OFAC), qui court sur 266 pages, et recense 6 000 groupes et individus. Les entreprises qui s’y refuseraient encourent une peine de 30 ans de prison et une amende de 10 millions de dollars. Les erreurs et problèmes du type de ceux rencontrés par Tom Kubbany sont légion, d’autant que le nombre de bases de données et listes noires de personnes “suspectées” de lien avec le terrorisme international ne fait qu’augmenter. La base de données TIDE (pour “Terrorist Identities Datamart Environment”) recensait 100 000 “terroristes potentiels” en 2003. Aujourd’hui, ils sont 435 000, dont 5 % d’Américains, rapporte le Washington Post.
Un des responsables du TIDE reconnaît qu’une bonne partie des informations sont “fragmentaires”, voire tout simplement “fausses”, parce qu’il est impossible d’avoir des informations fiables sur les 6 milliards d’habitants de la planète : “si quelqu’un a une meilleure idée, je suis tout ouïe”.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-651865,36-889605@51-885155,0.html