[Jacques Cheminat - Silicon.fr - 26/09/2014]

5 questions sur la faille Shell Shock visant Bash

Le monde du web tremble avec l’annonce d’une faille baptisée Shell Shock qui touche l’interpréteur de commande Bash présent dans plusieurs systèmes. Plusieurs questions se posent sur cette menace, sa définition, son exploitation, son impact, etc.

A en croire les spécialistes de la sécurité, la faille Shell Shock est pire que la vulnérabilité Heartbleed qui avait touché la librairie de chiffrement Open Source, OpenSSL. En visant l’interpréteur de commande Bash dans les systèmes Linux ou certains OS, elle ouvre la boîte de Pandore des risques et des menaces. Nous avons posé 5 questions à des spécialistes de la sécurité informatique pour en savoir plus sur cette vulnérabilité.

1-Comment a été découvert Shell Shock ?

La faille a été découverte par un français, Stéphane Chazelas, qui travaille actuellement en Angleterre pour le fournisseur de CDN Akamai. Spécialiste du monde Linux/Unix et des télécoms comme l’indique sa page personnelle, il a trouvé un bug dans Bash (Bourne-Again shell) qui est un interpréteur de lignes de commande via des scripts. Il existe depuis plus d’une vingtaine d’années années (1993) et est devenu l’interprète standard de plusieurs systèmes Unix et distributions Linux, mais aussi des systèmes d’exploitation comme Mac OS X, Android et de manière plus limitée Windows avec le projet Cygwin.

Dans un entretien accordé à FairFax Media, Stéphane Chazelas précise que la découverte s’est déroulée il y a deux semaines. Il a aussitôt alerté Chet Ramey, en charge du support du code source Bash. En parallèle, il a aussi averti des fournisseurs d’infrastructures web et des éditeurs de distribution Linux comme Debian, Red Hat,Ubuntu, SuSE et Mandriva. Le problème est que « cette découverte a été débattue rapidement sur des forums réduisant ainsi le temps pour trouver une réponse de la part de l’ensemble des acteurs », explique Thierry Karsenty, directeur technique Europe chez CheckPoint.

Concrètement, la faille Shell Shock permet de modifier des variables d’environnement et d’exécuter du code à distance par le biais de scripts Apache CGI, des options DHCP et OpenSSH en s’appuyant sur Bash. Shell Shock est souvent comparée à Heartbleed. Loïc Guezo, directeur Europe du Sud chez Trend Micro, écarte néanmoins cette analogie. « Shell Shock n’est pas une faille traditionnelle. Dans le cas de Heartbleed, la vulnérabilité concernait la collecte de données, dans le cas de Bash, il s’agit d’une prise de contrôle d’un système ou d’un équipement. » (suite…)


[Cécile Allegra - Delphine Deloget - Le Monde - 01/09/2014]

« Ils ont ouvert la porte de la prison. J’ai vu dix personnes enchaînées, debout, face contre le mur. Par terre, il y avait un garçon qui n’arrivait plus à se relever. Son dos n’était que chair et os à vif. Et cette odeur de sang, d’excréments… Une odeur de mort. » En mars 2013, Germay Berhane est jeté pour la première fois dans une maison de torture du désert du nord du Sinaï. Il va passer trois mois aux mains d’Abu Omar, l’un des trois tortionnaires les plus redoutés de la péninsule. Supplicié chaque jour, plusieurs fois par jour, sans répit.

Germay Berhane est un jeune homme mince et souriant. Il se cache désormais au Caire, dans le quartier de Fesal. Pour raconter son histoire, il lui faut du courage. Parmi les Erythréens réfugiés dans la capitale égyptienne, rares sont ceux qui acceptent de témoigner. Les blessures sont trop récentes, la peur reste omniprésente. « Rien n’a changé depuis que je suis sorti », glisse-t-il. Rien, c’est-à-dire l’exode massif des Erythréens, leur fuite éperdue par le désert, leur rapt, la séquestration dans des maisons vouées à la torture, les menaces de mort et le chantage aux parents des victimes pour leur extorquer des rançons exorbitantes.

Germay est né il y a vingt-trois ans dans la banlieue d’Asmara, capitale de l’Erythrée, un des pays les plus pauvres et les plus répressifs de la planète. Depuis l’indépendance en 1993, le président Issayas Afeworki a transformé son pays en prison à ciel ouvert et semble n’avoir qu’une obsession : lever des troupes pour préparer une nouvelle guerre contre l’Ethiopie. Quitte à imposer à son peuple un service militaire à durée indéterminée, lequel ressemble plutôt à un gigantesque camp de travail forcé. Son bac en poche, Germay intègre donc la marine et apprend à obéir sans discuter. Un jour de janvier 2013, des papiers administratifs disparaissent de la caserne. Le soupçon se porte sur son unité. Il craint le pire. « J’ai posé mon AK et marché tout droit vers la frontière. »

« UN VÉRITABLE EXODE »

Comme lui, ils sont désormais chaque mois entre 3 000 et 4 000 à fuir l’Erythrée, en direction du Soudan. La plupart sont très jeunes. « Un véritable exode, le pays se vide de sa population », selon la rapporteure spéciale des Nations unies pour l’Erythrée, Sheila B. Keetharuth. Les Erythréens représentent d’ailleurs un tiers des clandestins arrivés en Italie depuis janvier. Mais entre les chiffres de départ et ceux de l’arrivée en Europe ou en Ethiopie, au Soudan, à Djibouti, en Libye et en Egypte, il y a une différence qui a été longtemps inexpliquée. On découvre aujourd’hui qu’elle résulte d’un trafic monstrueux d’êtres humains. Une étude saisissante publiée en Belgique (The Human Trafficking Cycle, Sinai and Beyond, Myriam Van Reisen, Meron Estefanos et Conny Rijken, éditions Wolfpublishers, 2013) estime que 50 000 Erythréens seraient passés par le Sinaï ces cinq dernières années. Plus de 10 000 n’en sont jamais revenus.

Lire aussi : L’Érythrée, une prison à ciel ouvert

Entre la frontière érythréenne et la première ville soudanaise, Kassala, un tiers des fugitifs sont enlevés par des trafiquants qui les monnayent, étape par étape, jusque dans le désert du Sinaï où les attendent les tortionnaires. Début 2013, Germay atteint sain et sauf le camp de réfugiés de Kassala. Il espère gagner Khartoum, où vit un de ses cousins. Mais aux abords du camp, les trafiquants rôdent. Deux policiers soudanais véreux l’arrêtent et le vendent à des membres de la tribu des Rashaidas, des nomades du delta du Nil vivant depuis toujours de la contrebande. La suite est un système bien rodé. Un point de ralliement dans le désert, où dix autres captifs attendent, pieds nus enchaînés, dont Halefom, 17 ans, et sa soeur Wahid, 16 ans. Puis la traversée de la mer Rouge, à fond de cale, sans eau ni nourriture. Le passeur qui en jette certains par-dessus bord, sans autre raison que de se divertir. Puis le désert du Sinaï, le début du voyage en barbarie.

« La prison d’Abu Omar était couverte de sang, du sol au plafond. Les murs infestés de mouches et de cafards. La terre grouillait de vers à viande. » Germay est enchaîné, visage contre le mur, avec interdiction de bouger et de parler. Abu Omar fait son entrée, suivi par trois hommes de main : « A partir de maintenant, votre vie vaut 50 000 dollars. Et je sais comment vous faire payer. » Les coups se mettent à pleuvoir, à la barre de fer. Les chairs s’ouvrent. Certains s’évanouissent. « Ils nous réveillaient à grands coups de pied dans la tête. » Brûlures infligées au fer rouge ou au phosphore extrait de cartouches, plastique fondu coulé sur le dos, dans l’anus, coups répétés sur les parties génitales. « Leur truc préféré, c’était de nous pendre par les bras, comme des moutons. Puis de nous brûler au chalumeau. » Un jour, un gardien délie la jeune Wahid, la traîne dans un coin de la cellule où six hommes vont la violer pendant que son frère Halefom sanglote contre le mur. Dans la geôle, un vétéran fait comprendre aux autres que le silence est leur meilleure défense. Regarder par terre, ne pas crier, ne pas irriter les bourreaux.

« PAPA, JE SUIS DANS LE SINAÏ »

Les séances de torture se déroulent toujours avec un téléphone portable allumé. Au bout du fil, une mère, un père ou une soeur brisés par la douleur. « J’ai hurlé : “Papa, je suis dans le Sinaï !” Mon père s’est évanoui. Aujourd’hui, il est toujours à l’hôpital, son coeur n’a pas tenu… »Germay ne sourit plus. Il pleure.

« Le pire, c’est ce qu’ils nous ont forcés à faire. » Quand ils sont fatigués de frapper, les bourreaux ordonnent aux prisonniers de s’entre-torturer, voire de s’entre-tuer. « Un jour, ils m’ont demandé d’égorger Wahid. J’ai refusé. Alors ils m’ont brisé les doigts des deux mains, un à un. » Ceux qui ne peuvent pas payer sont achevés à la barre de fer et jetés dans le désert, dans des fosses communes qui débordent de squelettes. Germay s’interrompt, allume une cigarette. « Je priais Dieu pour qu’il me laisse mourir vite. »

Rétrocédé par Israël à l’Egypte en 1975 après la guerre de Kippour, le Sinaï, transformé en zone tampon démilitarisée, ne s’est jamais développé. Les Bédouins, citoyens de seconde zone, n’ont pas le droit à une pièce d’identité. La majorité d’entre eux n’est jamais sortie de ce triangle brûlant, mais le désert est leur royaume. Un royaume en guerre. Depuis juillet 2013, l’armée égyptienne tente d’y éradiquer des cellules djihadistes enragées par la déposition du président Frère musulman Mohamed Morsi. Les militaires assurent avoir « stabilisé la zone » à coups de bombardements, mais les contre-attaques sont meurtrières. Plus de 500 soldats et policiers auraient été tués dans le Sinaï depuis le début des opérations, qui perturbent surtout le travail des trafiquants d’êtres humains et des tortionnaires, dont certains sont au chômage technique.

MAISONS DE TORTURE EN LIBYE ET AU YÉMEN

Dans un appartement modeste de la banlieue d’Al-Arish, l’un d’eux a accepté de parler. Il prétend s’appeler « Abu Abdullah ». « Après les attentats de 2005 , j’ai perdu mon emploi dans le tourisme. Alors j’ai choisi ce travail », se justifie l’homme dont les yeux dépassent à peine du chèche blanc bien serré autour de son crâne. « Au début, les Africains ne payaient que 1 000 dollars et je les faisais passer en Israël en douceur. »L’Etat hébreu compterait 80 000 réfugiés érythréens et a fini par construire fin 2012 un mur sur toute sa frontière sud. Les filières se dirigent désormais vers la Libye ou le Yémen, où des maisons de torture ont récemment été signalées. « En 2008, les Erythréens sont arrivés. On savait qu’ils étaient désespérés. C’est là que le travail a commencé. »

Petit lexique obligé. Ici, la torture et la séquestration se disent « travail ». La prison, « mazkhan », petite hutte de campagne. Les migrants sont « les Africains », même si, depuis le durcissement de la répression à Asmara en 2008 et la multiplication par dix du nombre de fugitifs, ils sont presque tous érythréens. Cette abondance de proies et la détérioration des conditions de vie dans le Sinaï semblent avoir été les deux éléments déclencheurs du trafic.

Ici, personne ne reconnaît avoir torturé personnellement. « Je disais simplement à mes hommes de leur faire peur », assure l’homme au chèche blanc. Comment ? « On les tabasse, on les brûle ou on les électrocute. » Et pourquoi tant de sauvagerie ? Parce qu’ils sont noirs ? Chrétiens ? Ou veulent passer en Israël, l’ennemi héréditaire ? « Si on en torture un devant les autres, tous paient plus vite. Ici, on dit : “Si tu me fatigues, alors moi je te fatigue.” Tout ce que je veux, c’est récupérer mon argent. » Combien ? Derrière son chèche, l’homme étouffe un rire gêné. « Environ 700 000 dollars en six ans de travail. En moyenne, mon bénéfice était de 5 000 dollars par Africain. » Il soupire : « Mais comme j’ai gagné cet argent par le mal, il se transforme en vent. C’est écrit dans le Coran. » Puis se cabre :« Vous savez, il n’y a rien pour nous ici. Pas de travail, pas d’infrastructures. Rien ! »

Dans la pièce d’à côté, un cousin dont la jambe a été déchiquetée dans le bombardement du matin de l’armée égyptienne gémit sur sa couche. Etrange atmosphère que celle d’Al-Arish, où certains ont ordonné, d’autres ont exécuté, mais où tous savaient. L’heure du couvre-feu approche, il faut partir.

En Erythrée, les proches de Germay se sont mobilisés. A l’été 2013, ils ont envoyé 25 000 dollars, la moitié de la rançon exigée. Les bourreaux se sont énervés : « Trop peu. Pour toi, c’est fini. » Il a perdu conscience. Au réveil, le miracle. « Quand j’ai ouvert les yeux, j’étais allongé sur une couverture, dans un hangar. Au mur, il y avait écrit en langue tigrigna : “A partir de maintenant, frères, votre calvaire est terminé.” » Germay vient d’être libéré par Cheikh Mohammed, l’un des seuls chefs bédouins du Sinaï à s’opposer au trafic de migrants.

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2014/09/01/chez-les-bourreaux-du-sinai_4479628_3212.html


[AFP - 15/09/2014]

«Chaque mesure, qu’elle soit d’ordre social, fiscal et parfois très sectorielle, est quantifiée en termes de créations d’emplois attendues», précise le quotidien économique sur son site internet. Le document doit être présenté mercredi au cours d’une conférence de presse.

Dans une réaction à l’AFP, un porte-parole du Medef a toutefois tenu à préciser qu’il s’agissait d’«éléments de travail» qui «ne correspondent pas exactement aux propositions que fera le Medef dans les prochains jours». Pour créer 1% de croissance et 100 000 emplois, le Medef propose de supprimer deux jours fériés sur 11, selon Les Echos. Il espère aussi de 50 000 à 100 000 emplois sur cinq ans en dérogeant au Smic pour certaines catégories de demandeurs d’emploi, et sur trois ans en remontant les seuils sociaux.

Autoriser les commerces à ouvrir le soir et le dimanche permettrait par ailleurs d’engendrer à terme entre 50 000 et 200 000 emplois nouveaux dans le tourisme, et entre 40 000 et 100 000 dans le commerce et la distribution, estime-t-il.

Ces propositions «apparaîtront certainement agressives ou caricaturales à certains», reconnaît le Medef en conclusion de son document, cité par le quotidien.«Ils ont tort. Il s’agit avant tout d’animer un débat [...]. Notre conviction est que nous n’avons pas "tout essayé contre le chômage", nous avons juste essayé ce qui n’a marché nulle part et oublié ce qui a fonctionné partout .»

http://www.liberation.fr/economie/2014/09/15/pour-l-emploi-le-medef-veut-supprimer-deux-jours-feries_1100680


Thomas Thévenoud n’est pas un exception, il est la règle ! C’est pour cela qu’il pensait ne pas se faire prendre…

[Emmanuel Ratier - Faits & Document - N° 382 - Septembre 2014]

Le nouveau ministre de l’Économie Emmanuel Macron réussit l’exploit de ne pas payer l’ISF alors même que :

  • il est marié à une femme (de 56 ans) héritière d’une des grandes familles bourgeoises d’Amiens,
  • il détient une villa huppée au Touquet (résidence secondaire ne bénéficiant pas d’un abattement de 30 % pour résidence principale),
  • il a été payé durant ses études à l’ENA,
  • il est inspecteur des Finances depuis 2004 (revenu minimal : 12 000 euros par mois)
  • il a été secrétaire général adjoint de l’Élysée de 2012 à 2014 (14 910 € par mois, plus tous les avantages évidents qui en découlent),
  • il a entre-temps rejoint la banque d’affaires Rothschild & Cie en 2008, successivement comme banquier d’affaires (2008-2011) puis associé gérant (2011-2012).
  • À ce titre, il a reconnu avoir touché 2 millions d’euros brut, soit au moins 1 million net, pour la seule période allant de décembre 2010 et mai 2012

(Question : comment faire confiance à un ministre de l’Économie, sans enfant, fils de deux médecins, marié à l’héritière d’une grande famille bourgeoise provinciale, membre du groupe de Bilderberg, Young Leader de la French American Foundation, disposant d’énormes avantages professionnels, qui n’a pas réussi en dix ans à accumuler 1,3 million d’euros tout en gagnant chaque année entre 200 000 et 1 million d’euros brut ?).

http://www.faits-et-documents.com


[Andréa Fradin  - Slate - 25/08/2014]

«Les femmes de 18 ans et plus représentent une part significativement plus importante de la population des joueurs de jeux vidéos (36%) que les hommes de 18 ans et moins (17%)». C’est l’une des estimations établies à la suite de l’analyse annuelle de l’Entertainment Software Association, groupe de pression du secteur des jeux vidéo aux Etats-Unis, reprise ce 22 août par le Washington Post sous le titre:

«Etude: les joueurs de jeux vidéo sont davantage des femmes que de garçons adolescents

Au total, les femmes constitueraient même 48% cette population, contre 40% en 2010. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces chiffres ne laissent pas indifférents les amateurs de jeux vidéo en question.


Extrait de l’étude annuelle de l’Entertainment Software Association

Comme le rapporte le Washington Post dans son article, ces estimations ont en effet relancé le sempiternel débat qui agite la communauté des joueurs de jeux vidéo: ces femmes sont-elles vraiment des «gamers»? Une question ravivée par le fait, comme l’explique le Washington Post, que ces joueuses apprécieraient particulièrement les jeux proposés sur mobile, tels que le désormais incontournables Candy Crush. Des jeux considérés comme mineurs par la communauté de ceux qui connaissent par coeur la généalogie des différentes consoles et maitrisent sur le bout des doigts les subtilités d’une manette Xbox ou PS3.

Un avis laissé sur Reddit, où le débat a déjà été alimenté par des centaines de commentaires, résume bien l’état d’esprit des contradicteurs de l’étude:

«J’ai quelques amis qui se considèrent comme des gamers, et qui n’ont jamais joué à rien d’autre qu’à leur téléphone. Bien que techniquement ils peuvent être considérés comme des "gamers", il y a "gamers" et "GAMERS".»

(suite…)


Ces pauvres israéliens, qui vivent dans la "terreur des bombes du Hamas" (dixit la presse française).. voici un petit graphique à transmettre à Arno Klarsfeld et tous les propagandistes de la hasbarah…

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"A terme, aucun Etat ne peut continuer à exister en vivant comme cela… en 1979, en Rhodésie, on se disait "nous sommes là pour toujours"…" (Avraham Burg)

[SAYED KASHUA ECRIVAIN ARABE ET CITOYEN ISRAÉLIEN. - Libération - 15 JUILLET 2014 - Traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche]

Bientôt, je vais partir d’ici. Dans quelques jours, nous quitterons Jérusalem, nous quitterons le pays. Hier, nous avons acheté de petites valises pour les enfants. Inutile d’emporter beaucoup de vêtements, nous laisserons les habits d’hiver ; de toute façon, ils ne pourraient pas nous protéger du froid dans le sud de l’Illinois, Etats-Unis.

Juste quelques vêtements jusqu’à ce qu’on se débrouille, et si, me suis-je dit, les enfants prenaient quelques livres, deux ou trois en arabe, et quelques autres en hébreu, pour qu’ils n’oublient pas la langue ?

Mais je ne suis déjà plus si sûr de ce que je souhaite que mes enfants se souviennent de cet endroit aimé et maudit.

A l’origine, nous avions prévu de partir dans un mois pour une année sabbatique, voire moins, mais, la semaine dernière, j’ai compris que je ne pouvais plus rester ici. J’ai demandé à mon agence de voyages d’avancer notre départ : «Un aller simple, s’il vous plaît», ai-je demandé. Dans quelques jours, nous atterrirons à Chicago, et je ne sais même pas où nous irons pendant le premier mois mais nous nous débrouillerons.

J’ai trois enfants, l’aînée est déjà âgée de 14 ans, les deux garçons ont 9 et 3 ans. Nous habitons à Jérusalem-Ouest, l’unique famille arabe du quartier où nous avons emménagé il y a six ans. «Tu peux prendre deux jouets», avons-nous dit en hébreu au benjamin qui regardait sa caisse de jeux et commençait à pleurer, bien que nous lui ayons promis de lui acheter là-bas tout ce qu’il désire. (suite…)

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